POUR LA MAISON DE SHIMAZAKI TOSON

14/06/2021

Nous devons à nos internautes un récit un peu détaillé de notre action concernant la maison du 107 rue de Babylone où séjournèrent, en 1914, le grand écrivain japonais Shimazaki Tôson et son compatriote le peintre Masamune Tokusaburo. A la fin août 2020, nous avons été contactés : après le décès de la dernière propriétaire, ses héritiers souhaitent vendre, mais en y associant RVL afin que le souvenir de l'écrivain japonais soit préservé. Nous saluons avec plaisir cette démarche spontanée. Nous avons envisagé toutes les hypothèses ; une fut aussitôt exclue : ne rien faire.

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Nous nous sommes concertés avec M Jean-Pierre Levet, linguiste, professeur à l'université de Limoges et docteur honoris causa de l'université Meiji Gakuin de Tokyo (où Shimazaki Tôson a étudié et où il a sa statue), en relations suivies avec des linguistes japonais ; son rôle avait été capital pour la connaissance du séjour du grand écrivain. Nous avons décidé d'alerter la mairie, pour étudier les possibilités avec elle ; nous avons en outre écrit à l'ambassade du Japon à Paris, pour l'informer et demander un soutien à nos interventions.

Votre président a rencontré à sa demande, le 6 octobre 2020, M Pauliat-Defaye, maire adjoint. Il s'est montré très ouvert sur ce dossier mais croit nécessaire d'avoir la preuve de l'intérêt des Japonais pour la maison. Or précisément le même jour, nous recevions une lettre d'une habitante de Limoges : « Monsieur, Votre intervention dans le Populaire du Centre au sujet de la maison de Mr Tôzon Shimazaki a particulièrement retenu mon attention, avec bonheur. Je connais cette maison dans laquelle il a séjourné, et je vois également de nombreux Japonais se recueillir devant la chapelle Notre-Dame-de-la Préservation, ils sont donc intéressés par Limoges !Votre proposition d'en faire un lieu de pèlerinage et de mémoire est vraiment judicieuse. Pour avoir fait un séjour au Japon, je crois qu'ils en seraient ravis et honorés... » La coïncidence était particulièrement heureuse ; copie du courrier fut immédiatement transmise à M Pauliat-Defaye, qui, en nous remerciant pour cet envoi, a confirmé par écrit « son intérêt pour ce projet ». Dont acte.

M Jean-Pierre Levet a de son côté écrivit à M Lombertie une longue lettre sur ce sujet. Y étaient jointes neuf coupures de presse des années 1980 à 2000 relatant les visites de spécialistes nippons en ces lieux.

Puis l'ambassade du Japon à Paris nous a contactés pour préciser certains points de notre courrier, et nous informer de leur décision d'écrire au maire de Limoges. Avouons-le ici : nous avons suscité cette intervention... sans la croire possible.

Le 10 octobre, nous avons sollicité auprès du maire une audience, pour lui communiquer tous les détails utiles. Le 26, la mairie appelait et, sur notre répondeur téléphonique, la directrice du cabinet du maire disait : « Vous avez sollicité un entretien avec le maire de Limoges. Nous avons bien pris en compte votre demande. Pour l'instant, nous sommes en contact avec l'ambassadeur du Japon en France et l'ambassadeur de France au Japon, pour avoir des éléments sur cette question. Je reviens vers vous dès que j'ai de quoi dialoguer sur cette opportunité du 107 rue de Babylone ».

Fin novembre 2020, après la levée partielle du confinement, nous avons contacté la mairie, pour concrétiser les rencontres que les mesures sanitaires avaient décalées. Or, du côté municipal, le silence prend une ampleur singulière. Nous avons alors agi auprès de Limoges Métropole-Communauté Urbaine. Nous avons demandé, et obtenu, un rendez-vous auprès Mme Sylvie Rozette, vice-présidente chargée du tourisme à Limoges Métropole... et conseillère municipale de Limoges. Les réponses furent :

« nous n'avons plus la taxe d'habitation, qui nous donnait un levier d'action financier ».

« Actuellement nous cédons les biens que nous possédons en trop, que nous ne pouvons entretenir ; nous ne pouvons nous charger d'une maison inutile de plus ».

« Combien de Japonais viendront-ils ? Sans doute peu ».

« Que le Japon achète la maison si ça l'intéresse, nous la ferons vivre ».

Suite à cet entretien, nous avons adressé à l'élue la lettre suivante, le 25 mars 2021 :

« Madame la vice-présidente, ...... L'argument tiré de la disparition de la taxe d'habitation nous semble simplement et totalement inopérant.

 Vous avez dit qu'il serait illogique d'acquérir un bien alors que la Ville vend des propriétés inutiles ... Mais la maison où séjourna Shimazaki Tôson constituera un bien très utile pour la collectivité, et qui rapportera : les touristes japonais visiteront aussi d'autres sites locaux et feront tourner l'économie locale par leurs dépenses ...

Il vous semble que très peu de Japonais viendront. Actuellement, ils viennent en petit nombre, certes ; mais ils viennent déjà, et de loin, alors qu'ils ne peuvent visiter la maison... Ils viendront bien plus nombreux s'ils peuvent entrer dans la maison.

Quant à votre argument : ''que le Japon achète la maison et nous la ferons vivre'', je soumets à votre réflexion une anecdote : il y a quelques décennies, une entreprise japonaise, justement, voulant créer une succursale en France, hésitait entre Limoges et (une autre ville). Le raisonnement ici fut que les Japonais étaient assez riches pour acheter le terrain ; celui de (l'autre ville) fut d'offrir le terrain au franc (à l'époque) symbolique. Je vous laisse le soin de deviner où se situe aujourd'hui l'entreprise, avec toutes les conséquences pour l'économie dans la commune... »

Nous avons informé par courrier l'ambassade du Japon. Le 12 avril 2021, celle-ci nous appelait. Notre correspondante nous a notamment dit : « Je suis chargée par ma hiérarchie de vous faire savoir que vous avez droit à toute notre reconnaissance pour votre implication en faveur des liens entre le Japon et la France ». Puis, le 4 mai suivant, nouvel appel pour nous suggérer un article dans le journal de Tokyo Yomuiri Shimbun. Notre acceptation fut immédiate. Car le Yomuiri tire à dix millions par jour (pour une population de 126 millions d'âmes ; notre principal journal, le Monde, publie à 400.000 exemplaires, pour 66 millions de Français).

Le 6 mai 2021, par courriel, votre président sollicitait à nouveau un rendez-vous du maire de Limoges. Toujours sans réponse.

Le 14 mai, nous recevions un message de Mme Midori Watanabe, journaliste au bureau parisien du Yomiuri Shimbun ; elle annoncait sa venue en juin, en formulant l'espoir de rencontrer le maire.

Or, dans le même temps où ceci se déroulait, nous avions confirmation de l'inertie de la Ville : il s'agirait de ne pas impliquer Limoges dans l'immoralité de Shimazaki Tôson : il a en effet fui le Japon en 1913 après avoir fait un enfant à sa nièce adolescente. Nous ne nous demanderons même pas si tous les auteurs français célébres furent vertueux, car l'argument ainsi avancé est sans valeur : rappelons que, pour nous, le but n'est ni d'excuser, ni d'encenser l'homme mais de développer Limoges en permettant la venue plus nombreuse de citoyens japonais qui admirent inconditionnellement cet écrivain. Touristes qui, de plus, sont connus pour être d'excellents acheteurs, notamment de souvenirs divers.

D'ailleurs, ces motifs sont tellement sans valeur que, le 18 mai, la Ville nous écrivait : « Monsieur le Président, J'accuse réception de votre courriel en date du 6 mai dernier et relatif à l'ensemble immobilier situé à Limoges, 107 rue de Babylone. Je vous confirme que la Ville de Limoges n'envisage pas de se porter acquéreur de cette maison d'habitation. Mes services, et notamment la Direction de l'Action Foncière et Immobilière restent à votre disposition concernant ce dossier. Je vous prie, etc. » Aucune justification n'est donnée à la décision. Le 21 mai, nous avons donc confirmé notre demande de rendez-vous... toujours sans réponse...

Les journalistes du Yomiuri nous annonçaient leur venue pour l'après-midi du 3 juin. Ils avaient contacté la mairie pour rencontrer ce jour-là le maire mais un refus leur avait été opposé. Par contre, M Pauliat-Defaye, informé par nos soins de ce déplacement, a tenu à être présent un moment, malgré ses obligations ; il a aussi eu une interview par téléphone, la veille, avec les journalistes nippons.

Le 3 juin, nous sommes allés accueillir à la gare M. Adama, responsable de l'agence parisienne du Yomiuri Shimbun, et Mme Watanabe, son adjointe. Nous leur avons montré l'extérieur de la maison du 107 rue de Babylone, et le panorama sur la ville que décrivit Shimazaki Tôson, depuis la colline au-dessus de la carrière voisine. Puis nous avons gagné en voiture le pont Neuf, pour voir d'autres lieux cités par l'écrivain : le pont, l'immeuble où se trouvait un estaminet que l'écrivain fréquentait, la Vienne, la cathédrale et la chapelle Notre-Dame-de-la-Préservation.

Il ressort de cette visite que le Japon, par l'intermédiaire du journal, se mobilise : un article va paraître dans le journal nippon. Le Yomiuri Shimbun a alerté des personnalités du monde culturel nippon, le musée-maison de Shimazaki Tôson au Japon et l'université Meiji Gakuin.

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Suite à un article paru dans le journal le Populaire du 6 juin sur cette visite, M Laurent Blondeau, président de l'association des Amis du musée Adrien-Dubouché, a contacté votre président. Nous avons eu des échanges avec lui et il a été décidé de créer une association pour la valorisation de cette maison. Des personnalités du monde économique, pour le tourisme, et du monde culturel, ont été contactées ; beaucoup ont répondu favorablement. Le 12 juin, un nouvel article dans le Populaire annonçait cette création.

 

AU SUJET DE LA MAISON DE SHIMAZAKI TÔSON

20/02/2021

 RVL suit de près le sort de cette maison du 107 rue de Babylone où séjournèrent, en 1914, le grand écrivain japonais Shimazaki Tôson et son compatriote le peintre Masamune Tokusaburo.

Maison

 A la fin août 2020, nous avons appris que, après le décès de la dernière propriétaire, ses héritiers souhaitent vendre, mais en y associant RVL afin que le souvenir de l'écrivain japonais soit préservé. Nous saluons avec plaisir cette démarche spontanée. Nous avons envisagé toutes les hypothèses et nous sommes concertés avec M Jean-Pierre Levet, linguiste en relations suivies avec des linguistes japonais ; son rôle avait été capital pour la connaissance du séjour du grand écrivain (et nous saluons son appui en cette circonstance).

 Nous avons décidé d'alerter la mairie, pour étudier les possibilités avec elle ; nous avons écrit à l'ambassade du Japon à Paris, pour l'informer et demander un soutien à nos interventions. Le 21 septembre, nous avons adressé un courriel à l'université « Meiji Gakuin » de Tokyo ; rappelons que Shimazaki Tôson a fait ses études dans cette institution et qu'il y a sa statue. Le 24 septembre, cet appel fut appuyé par un courrier postal, étayé de pièces justificatives.

 Votre président a rencontré, le 6 octobre 2020, M Pauliat-Defaye, maire adjoint chargé de la culture et du patrimoine, qui s'est montré ouvert à nos propositions.

 Nous avons reçu simultanément la lettre d'une habitante de Limoges, datée du 1er octobre :

« Monsieur,

Votre intervention dans le Populaire du Centre au sujet de la maison de Mr Tôzon Shimazaki a particulièrement retenu mon attention, avec bonheur. Je connais cette maison dans laquelle il a séjourné, et je vois également de nombreux Japonais se recueillir devant la chapelle Notre-Dame-de-la Préservation, ils sont donc intéressés par Limoges !

Votre proposition d'en faire un lieu de pèlerinage et de mémoire est vraiment judicieuse. Pour avoir fait un séjour au Japon, je crois qu'ils en seraient ravis et honorés. Par ailleurs, j'apprends ce matin que la carrière Babylone est comblée ; or elle se situe à quelques pas de la maison. Pourquoi ne pas en faire un lieu d'accueil avec parking, toilettes, boutiques de souvenirs ? Ils adorent faire de petits cadeaux à leurs familles et amis... »

Copie de ce courrier fut immédiatement transmise à M Pauliat-Defaye qui, en nous remerciant, a confirmé par écrit « son intérêt pour ce projet ». Dont acte.

 Puis, M Jean-Pierre Levet a écrit à M Lombertie.

« Monsieur le Maire, Ayant appris par la presse que la maison sise 107,rue de Babylone, dans laquelle résida, d'août à novembre 1914, l'illustre romancier et poète japonais Shimazaki Tôson, allait être mise en vente, je prends la liberté d'attirer respectueusement votre attention sur l'importance patrimoniale, culturelle et artistique pour notre ville, de ce bâtiment simplement protégé au titre de la ''Zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager''.

Shimazaki Tôson est l'un des plus grands écrivains japonais du XXe siècle, peut-être le plus grand, puis-que certains spécialistes n'hésitent pas à établir une comparaison avec notre Victor Hugo. Dans plusieurs de ses œuvres, il a su parler avec une grande sensibilité de notre cité, de ses monuments, de ses rues et de ses habitants durement frappés par les hécatombes du début de la première guerre mondiale.

Hébergé par Marie Simonnet, membre d'une famille de bouchers limougeauds, il donna de belles description des lieux où il vécut, et notamment de la demeure où il séjourna, de son jardin et de son environnement urbain et rural. Or, si ce dernier a beaucoup changé, la maison sa façade, son aspect extérieur et son potager planté d'arbres sont restés tels qu'ils furent décrits par Shimazaki Tôson si bien que c'est avec une profonde émotion que les touristes japonais d'aujourd'hui découvrent cela avec, dans leurs mains, les passages des livres qui l'évoquent, ceux du maître, mais aussi ceux de célèbres professeurs, notamment le professeur Kawamori, membre de l'Académie des Arts et des Lettres du Japon, titulaire des plus hautes distinctions impériales, aujourd'hui décédé, et le professeur Susumu Kudo, docteur honoris causa de l'université de Limoges, qui enseigna le français et l'occitan à l'université Meiji Gakuin de Tokyo, celle-là même où Shimazaki Tôson avait fait ses études. Ces savants ont honoré notre ville de plusieurs visites dans les années 1980 et 1990.

...

Cette maison a donc un énorme potentiel d'intérêt touristique. Pour l'exploiter et le mettre au service du renom de notre cité, il me semble qu'il serait opportun que la ville en assure la conservation et l'ouverture à certaines saisons, au public le plus large possible. L'investissement à faire serait très certainement rentable et de toute façon apporterait une contribution non négligeable à l'attrait que notre cité peut exercer au Japon...

 Puis nous avons eu des échanges téléphoniques, très positifs, avec les services de l'ambassade du Japon à Paris. Il nous fut annoncé qu'une lettre de l'ambassade serait adressée au maire de Limoges. Avouons-le ici : nous avons suscité cette intervention... sans la croire possible.

 Le 10 octobre 2020, une rencontre fortuite avec M le maire de Limoges montrait qu'il n'avait pas été informé du dossier. Nous avons alors sollicité auprès de son cabinet une audience, pour lui communiquer tous les détails utiles. Le 26 octobre , un message était enregistré sur le répondeur téléphonique de votre président par la directrice du cabinet du maire ; en voici la partie essentielle : « Vous avez sollicité un entretien avec le maire de Limoges. Nous avons bien pris en compte votre demande. Pour l'instant, nous sommes en contact avec l'ambassadeur du Japon en France et l'ambassadeur de France au Japon, pour avoir des éléments sur cette question. Je reviens vers vous dès que j'ai de quoi dialoguer sur cette opportunité du 107 rue de Babylone ».

 Fin novembre 2020, après la levée partielle du confinement, des indices nous ont fait craindre des intrusions dans la maison. Nous avons alerté qui de droit. Nous avons contacté simultanément la mairie, pour concrétiser les rencontres que les mesures sanitaires avaient décalées. Ces échanges téléphoniques, bien que rapides, nous ont fait présumer que la municipalité n'agirait pas ; mais rien n'est officiel : notre demande de rencontre n'a pas été encore suivie d'effet, à cause de la rechute de la situation sanitaire.

Carte Postale

 RVL a adressé ses vœux aux autorités locales au moyen d'une carte dessinée par Philippe Rougier, notre infographiste : le portrait de l'écrivain, une carte postale de Limoges de sa main et une vue de la maison de la rue de Babylone encadraient trois citations relatives à notre ville. Un article a aussi été inséré dans notre Bulletin de liaison.

 Dès que la situation sanitaire sera un peu normalisée, RVL reprendra activement ses démarches.