LE CHENE ET LE ROSEAU A SAINT JUNIEN ?

22/02/19

Orsay (jardin d') 004-6 - Chene et Roseau - Phototheque Paul Colmar Lors de la séance de la commission municipale du patrimoine du 15 janvier 2019, il a été question du sort des statues qui ornèrent la voie publique ; M Pauliat-Defaye, maire-adjoint en charge du patrimoine, annonca que l'œuvre de Coutheillas "Le chêne et le roseau", devait être envoyée à Saint-Junien.
 Le motif avancé était que le sculpteur fut un disciple de Corot. Le représentant de RVL s'est aussitôt insurgé contre cet envoi pour un motif spécieux, le peintre impressionniste ayant résidé et travaillé bien plus au Mas-Bilier, commune de Limoges, qu'au bord de la Glane. Puis le conseil de l'association, informé, a décidé d'agir, en adressant un courrier à M Lombertie, maire de Limoges :

« Monsieur le Maire,

Au cours de la dernière commission consultative municipale du patrimoine historique et archéologique, j'ai appris avec étonnement que vous compteriez abandonner la statue ''Le Chêne et le Roseau'', de Coutheillas, qui fut dans le jardin d'Orsay (puis dans celui de l’Évêché), à la commune de Saint-Junien, pour l'installer au site Corot.

Cette statue est très emblématique de Limoges, figurant sur de très nombreuses cartes postales et illustrant tous les ouvrages sur le Limoges ancien. Elle fait partie du patrimoine de notre ville et nous ne voyons aucune raison valable à son déplacement. Nous demandons au contraire sa réintégration dans un parc de notre ville, par exemple, le parc Victor-Thuillat.

J'adresse une lettre dans le même sens à Monsieur le Maire de Saint-Junien. Je vous prie, etc. »

 Nous avons en effet adressé à M Allard une lettre un peu différente, pour l'adapter au destinataire.

 Nous avons en outre fait connaître notre protestation par la presse.

 Le maire de Saint-Junien nous a répondu par lettre en date du 14 février.

« Monsieur le Président,

J'ai pris connaissance avec beaucoup d'intérêt de votre récent courrier par lequel vous souhaitez que l'œuvre  du sculpteur Henri Coutheillas, dénommée ''Le chêne et le roseau'' puisse retourner à Limoges.

Je comprends tout à fait votre intérêt patrimonial pour cette sculpture qui, depuis trop longtemps, végétait dans le dépôt des services techniques de la ville de Limoges, ainsi livrée aux intempéries et aux herbes folles.

C'est pourquoi c'est sans aucune volonté d'appropriation que la ville de Saint-Junien, poursuivant la mise en valeur de l'œuvre de Henri Coutheillas, a entamé des démarches pour valoriser cette sculpture en déshérence. Nous avons donc effectué toutes les démarches légales auprès du Ministère de la culture (CNAP) et à la ville de Limoges, pour demander la mise en dépôt de cette œuvre, propriété de l'Etat, à Saint-Junien, où nous avons pour projet son installation sur le domaine public, après avoir procédé à sa restauration selon les règles de l'art.

Il est donc dommage de constater que nul ne se souciait de cette statue, remisée au ''diable vauvert'' sous le lierre et dans la boue, oubliée de tous, et qu'il a fallu que Saint-Junien s'en préoccupât en mémoire de Henri Coutheillas, pour procéder à sa restauration et lui rendre son intégrité. Saint-Junien est donc légitime dans son action de sauvegarde de cette œuvre.

Enfin et sur un plan culturel plus général, la municipalité de Saint-Junien a, depuis plusieurs années, marqué sa volonté de célébrer les artistes limousins et singulièrement Henri Coutheillas, l'ami de Jean Teilliet. Une voie de la ville, près de la place Lacote, a été dénommée rue Henri-Coutheillas en l'honneur de ce sculpteur.

Pour renforcer cette légitimité historique, il est important d'indiquer que, lors de la constitution du musée municipal par le même Jean Teilliet, un première salle fut inaugurée en 1927. Cette salle était exclusivement consacrée aux œuvres de Henri Coutheillas, léguées par sa veuve à la ville de Saint-Junien, en mémoire de l'attachement de son mari pour cette ville et son amitié pour Jean Teilliet. Dans la salle Coutheillas du musée, les visiteurs pouvaient admirer, entre autres, le plâtre original de la tête du ''roseau''.

Il n'y a donc nulle volonté de notre part de priver les habitants de Limoges de cette œuvre d'art. Mais au travers de ces quelques indications, le souhait de vous inviter à la conciliation sur ce dossier. Je vous prie, etc. »

 Ainsi, et en croire ce courrier, la statue aurait « végété dans le dépôt des services techniques de la ville de Limoges, ainsi livrée aux intempéries et aux herbes folles » ; elle aurait été « remisée en ''diable vauvert'' sous le lierre et la boue, oubliée de tous ». Or, par lettre en date du 2 février 2015, suite à une de nos interventions, il nous fut écrit : « le service des espaces verts conserve, dans les conditions requises, certaines statues (Le chêne et le roseau et Daphnis), anciennement installées dans les jardins. Comme  vous  pouvez  le  constater, le  patrimoine auquel vous faites référence n'est pas laissé à l'abandon ». Que conclure ?

Ci-dessous :

L'avis de Laurent Bourdelas, écrivain et homme de culture.