Nouveau voyage de France, géographique, historique et curieux

1720

Limoges est partie dans un vallon et partie sur la croupe d’une petite colline. Sa forme est beaucoup plus longue que large. Pour les fortifications, elles consistent en fosséz profonds. Saint Martial la convertit à la Foi par ses prédications ; il y jetta les premiers fondemens de l’église cathédrale qu’il dédia à saint Etienne, premier martyr. Ensuite, c’est l’abbaye de Saint-Martial, dont on voit le chef et la chasse et le cercueil.

Saint-Pierre est une des principales églises. Celle de Saint-Michel et le collège des Jésuites sont à voir, de même que l’abbaye de Saint-Martin, celle des Augustins, le couvent des Cordeliers, des Dominicains et des Carmes.

Il y a plusieurs places à Limoges avec leurs fontaines. Les rues étroites et tournoyantes de cette ville sont preuves de son ancienneté, mais les maisons en général y sont bâties en torchis, c’est-à-dire de sable et de foin haché. Les toits avancent si fort sur la rue qu’à peine y voit-on le soleil en plein midy.

J. A. Dulaure

Description des principaux lieux de France

1789

 

Limoges, ville ancienne et capitale de la province de Limosin, avec un évêché suffragant de Bourges, une sénéchaussée, un présidial, un hôtel des monnaies, etc. Située en partie sur le penchant d’une colline et dans un vallon, sur la rive droite de la Vienne, à soixante lieues de Toulouse, à vingt-six de Poitiers, à trente de Clermont, à soixante de Lyon, sur la route de cette dernière ville à Bordeaux, dont elle est éloignée de quarante lieues, et à cent lieues environ de Paris.

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Sous les Romains, cette ville fut regardée comme une des plus considérables de la Gaule, surtout à cause de sa situation à un point où se réunissoient plusieurs voies romaines. Auguste lui a ccorda plusieurs beaux privilèges. Elle fut longtemps la demeure du proconsul d’Aquitaine. Le proconsul Duratius y fit bâtir un palais digne de la grandeur des Romains. Il existoit sur la place où est aujourd’hui l’église de Saint-Félicité ; on en voit encore quelques vestiges. Il fit aussi commencer la construction d’un amphithéâtre, que Lucius Capreolus, petit-fils de Duratius, fit achever, et dont l’emplacement porte encore le nom d’Arènes. Sous ce dernier proconsul, on éleva un prétoire ainsi que plusieurs tours et forteresses qui n’existent plus. Le nom de ‘Montjovis’, donné à une paroisse de cette ville, annonce que sur la hauteur étoit un temple dédié à Jupiter. Ce temple fut en effet bâti par le proconsul Lucius Capreolus dont nous venons de parler. La ville contenoit encore un autre temple consacré à ce dieu ; il existoit à l’endroit où l’on a construit l’église de Saint-Etienne. Le même proconsul fit aussi élever, du côté où est actuellement le pont de Saint-Martial, un magnifique édifice qui fut appelé ‘le palais de Lucius’, et dont on voyoit encore les ruines au dernier siècle.

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La Cité’ de Limoges étoit, du temps des Romains, placée sur les bords de la Vienne et aux environs du pont de Saint-Martial jusqu’auprès de Beauséjour. Les brigands qui ravagèrent les Gaules pendant plusieurs siècles, obligèrent les habitants de se retirer sur les hauteurs et de s’y fortifier. La partie appelée ‘la Ville’ fut alors insensiblement construite sur l’éminence de la colline, où l’on éleva depuis le château des comtes. Bientôt, ‘la Ville’ devint plus considérable que ‘la Cité’. Les changemens que les guerres firent éprouver aux deux parties de cette capitale ne contribuèrent point à l’embellir. Les rues en sont étroites et tortueuses et la plupart ont une pente très rapide. Quoique, depuis une trentaine d’années, on ait exécuté beaucoup de constructions, on voit encore une grande quantité de maisons bâties en bois. 

Les places ou promenades publiques ne sont pas fort multipliées à Limoges. La promenade d’Orsay, ainsi appelée du nom d’un intendant de la province, est fort agréable. Elle fut pratiquée sur l’emplacement d’un amphithéâtre, ouvrage des Romains, appelé ‘les Arènes’. Lors de la construction de cette place, on voyoit encore des restes considérables de cet antique édifice, mais on acheva de le détruire pour se servir des matériaux. Cette promenade communique à la place d’Aine, qu’un intendant de ce nom fit construire pour la tenue des foires et marchés. Sur deux pilastres qui décorent les deux côtés de l’entrée de la place d’Orsay, on a gravé, depuis quelques années, deux inscriptions latines ; l’une témoigne ce que M. d’Aine a fait pour l’utilité et l’embellissement de la ville ; l’autre, les travaux exécutés par ses ordres dans la généralité.

L’allée de Tourny, qui règne depuis la porte de Tourny jusqu’au couvent de Bénédictins, est une fort belle promenade. Elle porte le nom de l’intendant qui la fit construire. La place de Fitz-James, qui porte le nom du gouverneur de cette province, sera la plus remarquable de la ville, surtout lorsque les bâtimens publics qui doivent l’accompagner seront achevés. Elle fut commencée en 1786, dans l’emplacement de la terrasse appelée de la tour Branlante, qui avoit été construite, en 1712, par M. d’Orsay, intendant de Limoges, et où il avoit fait placer une pyramide avec ses armes. On s’occupe, depuis 1787, à construire, sur cette nouvelle place, un nouvel hôtel de ville et autres édifices qui comprendront la bourse et l’Election. La place Dauphine, récemment réparée, en mémoire de la naissance de Monseigneur le Dauphin, portoit autrefois le nom de place de Monmaillé. Elle fut embellie en 1781, sous l’administration de M. d’Aine, qui étoit alors intendant de la province. Elle est traversée par plusieurs grandes routes. Au milieu est une belle fontaine, construite à la même époque, qui offre quatre dauphins placés aux quatre angles, vomissant dans quatre coquilles de l’eau qui se reproduit ensuite par quatre tuyaux.

Les eaux de source sont abondantes à Limoges. La fontaine d’Aigoulène est remarquable par sa construction recherchée et par la grande quantité d’eau qu’elle fournit. Treize tuyaux produisent autant de jets qui tombent dans un vaste bassin d’une seule pierre, qui a trente six pieds de circonférence. La même source remplit, à côté du bassin, un grand abreuvoir pour les chevaux. Deux pièces d’eau, séparées par une chaussée qui sert de chemin, reçoivent l’écoulement de cette fontaine. Ces pièces d’eau, située presque au sommet de la colline sur laquelle est bâtie la ville, peuvent, en cas d’incendie, être vidées à propos et produire un secours prompt et abondant. Cette même eau sert également à nettoyer et à rafraîchir les rues dans des temps de sécheresse, ainsi qu’à arroser les jardins et les prairies des environs. Aigoulène est depuis longtemps célèbre dans le pays ; suivant une tradition ancienne et fabuleuse, elle fut construite du temps de Charlemagne par un roi d’Afrique appelé Aigoulan, mais cette brillante origine ne peut être soutenue même à Limoges. Le nom d’Aigoulène ne vient point de celui d’un roi, mais il est évidemment composé du mot aigue qui, en langue limosine, comme dans tous les dialectes des provinces méridionales, signifie eau, et de goule, qui exprime dans la même langue large bouche, ou de goulée, marquant l’action de vomir de l’eau en abondance et qui vient du mot latin gula ; ce qui se rapporte fort justement à la quantité d’eau que fournit la fontaine d’Aigoulène. 

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Mais c’est trop s’arrêter sur cette fontaine. Il est un monument plus intéressant encore pour les Limosins, c’est l’ancienne abbaye de Saint-Martial.

Cette abbaye de Saint-Martial, aujourd’hui collégiale royale, est célèbre par le saint dont elle porte le nom. Ce saint fit le premier briller le flambeau de la foi dans la province et mérita la qualité d’Apôtre qui lui a été fort disputée. Elle est encore célèbre par son ancienneté et par les bienfaits des comtes, des vicomtes et des évêques de Limoges.

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Cette église a deux cent trente sept pieds dans sa plus grande longueur et cent douze dans sa plus grande largeur. Le clocher semble avoir fait partie de la première construction ; il est de forme carrée et placé à l’entrée de la nef. Sa hauteur est divisée en plusieurs étages, ornés de colonnes carrées ou cylindriques, fort grossières. Au quatrième étage, quatre frontons fort aigus couronnent les quatre faces. Au dessus est un étage octogone, terminé par une construction moderne qui sert d’amortissement à ce singulier et pittoresque obélisque. Tout autour de la nef, du chœur et de la croisée règnent deux ordonnances de piliers. La première forme les bas-côtés, la seconde, en achevant l’élévation de l’intérieur de l’église, accompagne es galeries qui dominent sur toute la largeur des bas-côtés. On remarque ensuite un ordre colossal qui embrasse ces deux ordonnances.

A l’extrémité de la croisée à gauche est un escalier par lequel on descend dans deux grandes chapelles souterraines et parallèles au grand édifice de la collégiale. Dans la première est placé le tombeau de saint Martial. Derrière l’autel de ce lieu souterrain est, dans un réduit enfoncé, le tombeau d’un ancien gouverneur de cette province. Me retable de l’autel est orné de petites plaques de cuivre émaillées et relevées en bosse, qui paroissent fort anciennes. Le tombeau de saint Martial est d’une architecture très moderne. L’entrée de cette crypte est décorée de petites colonnes et de placages de serpentine de la carrière de la Roche-l’Abeille. On trouve une masse de même serpentine engagée dans le mur, au dehors de l’église, à l’extrémité de la croisée à droite.

L’église de Saint-Martial offre encore des objets intéressans. Dans la chapelle de la Vierge, construite à l’extrémité de l’église, on voit plusieurs peintures. Le devant d’autel représente l’ensevelissement de Notre Seigneur. Trois dessus de portes ont pour sujets la naissance de la Vierge, la Salutation Angélique et la Visitation. Entre les portes et les croisées sont quatre grands tableaux qui offrent le Circoncision, la Purification, l’Adoration des Mages et une fuite en Egypte. Ce dernier tableau est le mieux conservé. Le plafond de cette chapelle est aussi décoré de peintures ; au milieu est une assomption d’après le tableau du Corrège. Aux quatre angles sont les évangélistes, d’après Raphaël. La figure de saint Mathieu et celle de saint Jean sont bien peintes ; on admire surtout le raccourci du pied de saint Jean, savamment traité et qui semble sortir du plafond. Dans la seconde chapelle du rond-point, à droite, on voit dix huit cadres en émail qui renferment les plus brillans évenemens de la légende de saint Martial. Cette peinture est exécutée en camayeu bleu. Ces petits tableaux, curieux par la singularité de leurs sujets, sont assez bien composés et les figure ont de la correction et du mouvement. Les Limosins ont été longtemps célèbres par leur talent à peindre en émail. 

Proche du sanctuaire est le tombeau, autrefois magnifique, du cardinal de Chanac. En 1753, les chanoines, en faisant réparer le chœur, ne balancèrent pas à détruirent ce monument ; les pierres furent dispersées et la plupart ont été employées au pavé de l’église ; la tête même du défunt rouloit dans un coin de l’édifice. Il ne restoit plus de ce tombeau que la statue du prélat, la grille de fer qui l’entouroit, son épitaphe et ses armes peintes en émail sur une lame de cuivre. Et ces restes furent pendant dix neuf ans abandonnés dans la poussière du chapitre. Enfin, en 1772, un chanoine nommé M. Hugon pensa qu’on ne pouvoit sans la plus coupable ingratitude laisser dans le mépris le tombeau d’un bienfaiteur ; il engagea ses confrères à le rétablir. On éleva une espèce de sarcophage fort simple et de la hauteur d’environ deux pieds, où sont renfermés les ossemens du cardinal ; on posa dessus sa figure et on replaça la grille de fer, les armes et l’épitaphe dans laquelle on lit qu’il donna beaucoup de biens à Saint-Martial et qu’il mourut à Avignon l’an 1384.

L’horloge de Saint-Martial est encore une de ces anciennes curiosités d’église qui attestent, en ce genre, le talent et le génie de nos pères. On y voit la figure de la Mort en squelette, qui tourne la tête à droite, ouvre la mâchoire inférieure et lève de ses deux mains une faux dont elle frappe un timbre placé dans un globe, sur lequel elle est appuyée ; cette figure est encore assise sur un panier de fleurs d’où s’élance un serpent.

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La cathédrale, dédiée à saint Etienne, est située dans la Cité, presque à l’extrémité de la plateforme qui domine le canal de la rivière de Vienne. Cet édifice, le plus considérable de Limoges, est d’un beau gothique ; il n’est point fini et ses beautés, quoique d’un genre abandonné, font désirer que l’ouvrage soit achevé. Le portail est admirable. Cette église a cent soixante dix neuf pieds et six pouces de longueur ; suivant le projet du plan, elle devoit avoir de plus quatre vingt huit pieds, c’est-à-dire, en total, deux cent soixante sept pieds, six pouces. Sa largeur, dans la croisée, en y comprenant les chapelles hors d’œuvre qui sont aux extrémités, est de cent vingt six pieds ; dans la nef, cette largeur est de cent trois pieds ; la hauteur de la voûte est de quatre vingt quatre pieds. Une partie considérable de la nef de cette église reste à finir : il devoit y avoir en longueur quatre travées de plus. Le rond-point est beau et d’une architecture très déliée. Le clocher, qui semble d’une construction plus ancienne que l’église, a cent quatre vingt quatorze pieds de hauteur.

Le jubé est un morceau d’architecture curieux. M. de Langeac, évêque de Limoges, le fit construire sous le règne de François 1er, dans le temps de la renaissance des Beaux-Arts. On s’aperçoit qu’il porte l’empreinte du genre grec, mais altéré par le genre arabesque qui dominoit encore. L’ensemble de ce jubé présente une multitude d’objets qui ne doit pas plaire aux personnes accoutumées aux formes belles et simples. On y voit des colonnes et des statues dans des niches, le tout couronné d’une balustrade composée de petits balustres d’un travail précieux. A l’entrée du chœur sont des colonnes arabesques, des pilastres, des statues et des bas reliefs qui représentent des rainceaux et autres ornemens dans le genre mauresque, remarquable par la grâce des contours et la délicatesse de l’exécution, mais on voit avec peine ses ouvrages dans un mauvais état. On doit surtout observer au dessous des statues et dans des panneaux, des bas-reliefs dont les sujets sont tirés de la fable ; ils représentent les Travaux d’Hercule : on y voit le lion de la forêt de Nemée, Gerion, l’Hydre, les Colonnes, les Centaures, le géant Cacus, etc. Sur les colonnes placées au dessus, on lit cette devise qui paroit faire allusion aux travaux du demi-dieu : « marcessit in otio virtus ».

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La pierre qui a servi à cette construction est d’un fort beau grain ; elle a été tirée d’une carrière des environs d’Ayen. Les changemens que l’on se propose de faire au chœur de cette église pourront causer le déplacement ou peut-être la ruine de ce curieux jubé.

Le chœur est orné de six tapisseries qui sont divisées en dix sept tableaux, et dont le travail semble être du même temps que le jubé ; elles sont également un présent de M. de Langeac. Le tableau de la mort de la Vierge est remarquables par ses anachronismes : cette saint paroit étendue sur un lit, entourée d’apôtres ; à ses côtés sont deux prêtres revêtus des habits sacerdotaux ; l’un porte une croix épiscopale et l’autre, un goupillon en main, jette de l’eau bénite ; au pied du lit est un apôtre qui récite dévotement son chapelet.

Le tombeau de M. de Langheac se voit dans la deuxième chapelle du rond-point à gauche. C’est ici que se manifeste l’insouciance qu’enfantent l’ignorance et le mauvais goût. Ce monument curieux méritoit une conservation particulière par la manière dont il est exécuté, par l’époque de sa construction et sans doute par considération pour la mémoire du prélat dont il couvre les cendres. Tant de motifs n’ont pu le préserver des mutilations nombreuses qui défigurent les parties les plus saillantes ; une lourde tapisserie le cache aux yeux et semble ne l’envelopper que pour le détruire. Voici cependant ce qu’on y voit encore. Quatre colonnes cannelées, d’ordre corinthien, placées sur des piédestaux fort élevés, soutiennent un entablement du même ordre et un attique qui termine l’ordonnance. Au milieu de ces quatre colonnes, et sur un massif qui est à la hauteur de leurs piédestaux, est la figure à genoux de M. de Langheac, qui mourut en 1543. Cette figure est de bronze en pièces de rapport. Les trois faces du massif qui la porte sont ornées de bas-reliefs dont les sujets sont tirés de l’Apocalypse. Les faces des piédestaux des colonnes offrent chacune une figure de chanoine chaperonnée, suivant l’ancien costume du chœur. Les bas reliefs de l’entablement sont mieux conservés ; au dessus de la corniche s’élèvent deux génies qui soutiennent l’écusson de la maison de Langheac.

Dans le même endroit, on aperçoit un petit monument avec le buste en bronze de M. de l’Aubespine, évêque de Limoges. Dans la seconde chapelle et dans le collatéral à droite, on voit, sur l’autel, un tableau qui représente Jésus-Christ dans le tombeau ; ce tableau a de l’effet et rappelle le genre du Guerchin. Il a été peint par un artiste de Limoges nommé Maisonnade. Du même côté, dans une grande niche, on voit le tombeau de Notre seigneur, accompagné de plusieurs figures qui ont du mérite : on nomme ce tombeau ‘le Monument’.

L’abbaye de Saint-Augustin de Limoges, de l’ordre de Saint-Benoit, est située dans un des faubourgs de la ville. On assure qu’elle a servi de sépulture commune dès le commencement du christianisme. On croit que saint Martial fit la bénédiction de l’église ; suivant l’opinion générale des savans, elle est la première église de France qui ait été dédiée à saint Augustin.

Saint-Michel-des-Lions est ainsi appelée à cause de deux lions en pierre que l’on voit à l’entrée de cet édifice. Ces figures de lion témoignent l’ancien droit de juridiction d’une église ; elles servoient autrefois, suivant l’abbé Lebœuf, à supporter le siège du juge ecclésiastique, soit official, soit archiprêtre, dans les siècles où leurs jugemens se prononçoient aux portes des églises. On trouve plusieurs de ces jugemens qui se terminent en effet par cette formule « Datum intra duos leones ». A la porte de Saint-Martial, on voit aussi un lion qui étoit destiné au même usage. Cette église de Saint-Michel-des-Lions est paroissiale. Sa construction gothique étonne par sa hardiesse. Le clocher est surtout d’une forme remarquable et pittoresque ; sa base est carrée et comprend dans cette forme deux étages. Puis il s’élève en diminuant et n’offre qu’une forme octogone, percée de fenêtres de tous côtés ; cet octogone a trois étages. Au dessus est une grosse pyramide qui termine cette construction ; elle est accompagnée de quatre tourelles qui font partie de la base et qui s’élèvent en changeant de forme jusqu’à la pyramide du clocher ; elles se terminent de même, chacune par une lanterne évidée et surmontée d’une pyramide à huit pans. Cette tour, qui ressemble à celle de la cathédrale et à celle de l’église paroissiale de Saint-Pierre de cette ville, a deux cent dix pieds d’élévation. Comme l’église est située sur un des endroits les plus élevés de la ville, le clocher s’aperçoit de très loin. Il a en conséquence servi de point pour la levée de la carte générale de France.

Cette inscription en vers qu’on lit dans l’église contient l’histoire de sa fondation.

« A l’honneur souverain et la visve mémoire
Du grand Dieu tout-puissant en son règne éternel,
De sa mère sacrée et du bon saint Michel
Et des bienheureux saints de paradis en gloire,
L’an que l’on comptoit mil CCC LXIII,
Le vingt cinquième mai, du premier fondement
Le pied de cette église a prins commencement.
Que l’injure du temps jamais ne puisse l’abattre !
XIX ans après, pour embellir ce temple,
En l’an mil CCC et quatre vingt et trois,
Par les dons du commun et libéraux octrois,
Fut bâti ce clocher que chef-d’œuvre on contemple.

Louez donc ce bon Dieu qui a toute puissance,
Le premier s’employant à cet œuvre si beau,
Qu’il le conserver à soy et son divin flambeau,
Sur tous les bienfaiteurs, laisse pour récompense ».

Cette inscription fut relevée en 1584 par Jean Verger et Jean Mersin.

L’épitaphe suivante, qu’on lit dessous le clocher de cette église, mérite aussi d’être rapportée, parce qu’elle fait connoître l’origine et les motifs de la fondation de quelques vicairies, et parce qu’elle contint des choses singulières dans les expressions comme dans les pensées.

« Cy gist maître Jordin Penot,

Homme discret et bien dévot,

Aussi Géraud Penot, son fils,

Lequel fonda par son avis

Une chapelle ou vicairie

A l’honneur de Dieu et Marie,

Et pour ses parens trespassés

Il la dota de biens assés,

Et voulsist céans estre servie

Et de ornemens bien garnie

A l’autel de Sainte-Croix.

Aussi ordonna messes trois

Estre dictes la sepmaine,

Avec absolution plaine,

Par son vicaire ou commis,

L’une le lundi de mortuis,

Du Sainct-Esprict mercredy,

Et de Marie le samedy.

La présentation appartient

A son héritier plus prochain,

La collation et institution

Et toute autre disposition,

Au recteur et curé de céans.

Dites tous, tant petits que grands,

Pater noster ou De profundis.

Leurs âmes soient en paradis

Amen 1545 ».

 

Dans l’église paroissiale de Saint-Pierre, on voit sur le maître-autel un tableau peint par Maisonnade. Il a pour sujet saint Pierre qui reçoit le pouvoir des clefs, et paroit copié d’après Jouvenet. A gauche, dans un retable fermé, est un tableau peint en 1551 par un nommé Léonard, célèbre peintre émailleur de Limoges et valet de chambre du Roi. C’est un monument de l’ancienne peinture ; il y a de la vérité dans le dessin mais la touche en est sèche ; les quatre panneaux qui renferment ce tableau sont peints avec assez de goût. On montre dans la même église une statue de la Vierge en albâtre et un saint Christophe, figure grossière et ridicule.

Devant l’autel de Notre-Dame-la-Joyeuse fut enterré le sieur de Massés, lieutenant du comte des Cars, gouverneur de Limoges ; ce lieutenant fut tué en 1569 au combat de la Roche-l’Abeille. Contre un pilier, on voit cette épitaphe remarquable par sa singularité ; elle est gravée sur une lame de cuivre jaune : nous la donnons avec son orthographe.

« Epitaphe de messire Mérigon de Massés, seigneur dudit lieur, chevalier de l’ordre du Roi, capitaine et de cinquante hommes d’armes et gouverneur pour Sa Majesté à Limoges en l’absence de M. le comte des Cars.

Après que l’on eut fait gouverneur de Limoges
Mérigon de Massés, Mars en fut irrité.
Il va dire tout ault : s’il fault que tu desloges
Du campt et moy aussi, c’est ung poinct arresté.
Minerve, qui fut là, disoit d’aultre cousté
Que si seroit. Et lui dessus cette querelle
A Lymoges s’en vint. Mais, las ! La mort cruelle,
Pour rompre ce débat, l’envoya tost aux cieulx,
Nous laissant seulement sa louenge éternelle,
Un regret dans les cueurs et des larmes aux yeux ».

Cette épitaphe est suivie de ce quatrain :

« L’an mil cinq cent soixante neuf, le jour
Vingt sixiesme en jung (ô quel dommage)
Feu Mérigon de Massés, preux et sage,
Vola d’ici au céleste séjour.
Requiescat in pace ».

 

Dans l’église des Carmélites, on voit quelques tableaux anciens, quelques statues et deux tableaux peints en 1785 par M. Taillasson, de l’académie de peinture de Bordeaux et de celle de Paris. Ces deux tableaux, qui ont chacun quatre pieds deux pouces de haut sur trois pieds huit pouces de large, représentent, l’un saint Thérèse, l’autre saint Jean de la Croix. Le pavé du sanctuaire de cette église est en serpentine de la Roche-l’Abeille.

 

Aux Carmes Déchaussés, qui sont logés dans la Cité, est sur le maître-autel un tableau fort estimé ; il représente le crucifiement de saint André. On y voit plusieurs groupes de figures bien distribués, la composition est en générale savante et d’un bel effet ; le dessin est correct, la touche vigoureuse et les figures ont beaucoup d’expression.

 

Les Jacobins ont au maître-autel de leur église un tableau bien peint, qui représente Dominique recevant à genoux le rosaire des mains de la Vierge. Dans cette église est le tombeau de la maison des Cars ; on y remarque celui de Charles des Cars, qui légua six mille livres pour les frais d’un tombeau sur lequel seroit placée sa figure à genoux, en bronze ou en marbre, tenant entre ses mains le cœur de sa femme, et sur lequel seroit aussi placée la figure de sa femme, dans la même situation, tenant aussi le cœur de son mari. Il ordonna en outre qu’on représentât autour de son tombeau, en vers grecs et françois, ses « peines, travaux et grands frais depuis trente années pour tâcher de conserver et relever sa pauvre et désolée maison par les femmes qui y sont entrées »

 

Il y a deux collèges à Limoges, le collège royal et le collège des Jacobins. Dans le premier, qui étoit autrefois dirigé par les Jésuites, et qui l’est aujourd’hui par des ecclésiastiques séculiers, on enseigne depuis la sixième jusqu’à la théologie inclusivement. Dans le second, on ne professe que la philosophie et la théologie. Au collège royal, on voit sur le maître-autel de l’église un tableau original de Rubens ; il représente une assomption. La Vierge, enlevée par des groupes d’anges, occupe la partie supérieure du tableau ; la partie inférieure offre le tombeau ouvert avec des linceuls jetés sur les bords ; autour sont plusieurs groupes de figures, au fond paroissent les Saintes Femmes. Les airs de têtes sont variés et pleins d’expression. La composition de ce tableau est digne du grand maître qui l’a peint, mais le coloris, principale qualité des tableaux de Rubens, a un peu perdu, ce qui nuit à l’effet de cette peinture. Elle peut néanmoins être mise au rang des premières curiosités de Limoges, et les habitans doivent se glorifier de la posséder.

 

Le palais épiscopal est regardé comme le plus bel édifice moderne de Limoges. M. Duplessis d’Argentré, évêque de cette ville, l’a fait construire sur les dessins de M. Brousseau. Les jardins sont un des principaux agrémens de cette maison. Ils se prolongent jusques aux bords de la Vienne, et offrent une vue magnifique. On y découvre toute la ville et une grande étendue de campagne.