C'est une affaire riche en rebondissements qu'a connue cet été 2012 la rue de la Courtine.

La démolition de l'ex-Flunch

site courtine 1 le batiment de l ex flunchA l'angle des rues Dalesme et de la Courtine, l'immeuble de l'ancien Flunch, auparavant droguerie Marbouty se composait de quatre éléments :

> une partie en maçonnerie formant l'arrondi des rues, avec plusieurs travées dans chaque voie, de la fin du XIXe siècle ;

> le prolongement dans la rue Dalesme, formant un renfoncement au rez-de-chaussée, l'étage étant identi-que à la partie précédente mais très remaniée ;

> la partie en ardoises au-dessus, ajout sans intérêt de la fin du XXe siècle ;

> dans la rue de la Courtine, une partie moderne, basse et un peu en renfoncement.

Seul le premier élèment offrait un intérêt, parce qu'il s'intègrait parfaitement dans le paysage urbain de ce quartier. Mais l'ensemble était visible non seulement de la place Fournier, mais aussi de la place Saint-Pierre et des rues du Collège et Jean-Jaurès.

 

Nous avons été alertés par la presse sur d'éventuels projets de démolition et reconstruction sur ce site ; nous avons demandé à consulter les permis, en mairie. Il y en avait alors deux : un pour la démolition, accordé et consultable, et l'autre, encore en cours d'instruction et non consultable, pour l'édification d'un nouvel immeuble ; son délai d'instruction courait jusqu'en juillet 2012, la demande datant d'octobre 2011.

 

Le premier permis concernait une démolition totale. L'avis conforme de l'Architecte des Bâtiments de France annonçait même, à la place du Flunch, une « architecture... très contemporaine... représentative des premières décennies du XXIe siècle ».

 

Pourtant, la ZPPAUP (Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager) et le PLU (Plan Local d'Urbanisme) semblent en contradiction avec une telle construction. Comme, peu après cette consultation, nous devions, par un hasard du calendrier, rencontrer M Vareille, nous lui avons fait part de nos craintes et de notre analyse juridique ; l'opinion de notre interlocuteur était diamétralement opposée.

 

Il nous aurait fallu attendre le permis de construire pour juger sur pièces le projet. Mais les destructions ont commencé très vite, avant même la fin des délais de recours légaux, avant la délivrance du permis de construire ; ceci, légalement possible, dénotait une hâte qui n'a fait qu'amplifier nos craintes. Nous avons lancé une campagne de presse : les journaux écrits locaux, la télévision locale, les radios RCF Email Limousin et France Bleu Limousin ont fait part de nos préoccupations.

 

Cela, hélas, n'a pas suffi : l'immeuble est à terre !

 

Des rumeurs nous sont ultérieurement parvenues, selon lesquelles l'immeuble du Flunch, en mauvais état, menaçait ruine, ce qui aurait justifié sa démolition. Ce prétexte tardif et fallacieux est à mépriser.

 

Non-prescription de sondages archéologiques

Dans le même temps où nous voyions tomber l'ex-Flunch, nous nous inquiétions : les archéologues pourraient-ils intervenir sur ce site ? Il était en effet hautement probable, aux yeux de tous ceux qui s'intéressent un peu à l'histoire de Limoges, d'une part qu'Augustoritum s'étendait jusque là; et, d'autre part, qu'antérieurement au XIIe siècle, le site fut occupé, dans sa partie Ouest, par les bâtiments monastiques de Saint-Martial et, pour le reste, par le cimetière des moines autour de la chapelle de la Courtine. Certes, le tout fut ensuite bouleversé par l'urbanisation, durant plusieurs siècles.

 

Rappelons qu'au XIXe siècle, des fouilles archéologiques, faites avec les méthodes et moyens du temps, révèlèrent les vestiges de la chapelle Notre-Dame-de-la-Courtine, du XIIe siècle. En 1984, un archéologue amateur avait repéré, lors de travaux d'agrandissement du Flunch, un angle de murs en blocs de grand appareil antique.

 

Mais il est établi que le permis de démolir a été accordé sans prescription de fouilles... Au motif que tout avait sans doute disparu ! A qui la faute ? Ce n'est pas notre rôle de le rechercher, mais c'est notre rôle de faire savoir le fait.

 

Mais il est utile de rapporter comment l'architecte lui-même présente son projet, dans le dossier de permis de construire du projet initial. Il s'agit de « l'aménagement d'un local commercial sur deux niveaux (RDC et R+1), un niveau de cave et un niveau de locaux sociaux (bureaux et salles de repos du personnel) ». Dans ce premier état, donc, pas de parking souterrain prévu, mais la conservation en l'état des caves existantes. Le PLU impose pourtant le paiement d'une taxe en cas de non réalisation de stationnements dans le cadre d'un projet d'urbanisme ; ceci explique sans doute que le projet modificatif, intervenu après le déblaiement du terrain par les archéologues, prévoyait, lui, un parking. Mais pourquoi cette volonté initiale de toucher au sous-sol le moins possible, fut-ce au prix d'une taxe ? ...

 

De plus, un courrier des lecteurs du journal l'Echo doit être ajouté au dossier, bien qu'il s'agisse d'une attaque ad hominem publique, procédé que nous condamnons. Cette lettre, parue le 19 juin, fait suite à un article paru dans ce même journal le 9, dans lequel sont rapportées plusieurs déclarations de Mme Fabioux, directrice du Service Régional de l'Archéologie à la DRAC. L'auteur de ce courrier rappelle la réglementation de l'archéologie préventive, puis : « pourquoi, alors que, comme elle (Mme Fabioux) le confesse, le site se trouve dans un secteur à fort risque archéologique (proximité de St-Martial, nécropole gallo-romaine et paléochrétienne), n'y a-t-il pas eu par l'INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) de diagnostic archéologique préalable aux travaux ? Le fait de penser ''que les travaux successifs jusque dans les années 60 avaient détruit l'essentiel des vestiges'' (phrase de Mme Fabioux dans l'article du 9) paraît ici bien spécieux. Au contraire, le diagnostic est justement là pour expertiser l'état de conservation des vestiges ». Après d'autres considérations sur les circonstances de la découverte, l'auteur de la lettre conclut en élargissant ses questions : « pourquoi, contrairement à ce qui se fait ailleurs, aucun diagnostic n'a été prescrit sur les dizaines d'hectares aménagés en périphérie de Limoges : Family-Village, Ester, Centre Leclerc (à proximité immédiate de la villa gallo-romaine de Brachaud) etc. ? » 

 

Pour notre part, dès le 25 juillet, lors d'une rencontre avec M Vareille, maire adjoint chargé du patrimoine, de l'urbanisme et du tourisme, nous avons attiré son attention sur ce dossier, sans aboutir à une convergence de vue. Lors d'un comité de quartier, nous avons évoqué ce point. Dès le lendemain même, le Populaire révélait que les bulldozers avaient mis à jour des vestiges archéologiques.

 

L'intervention des services de la DRAC a finalement permis de décider des sondages. Ils ont révélé, comme il fallait s'y attendre, d'intéressants vestiges : de très nombreuses sépultures, certaines en sarcophages, des pans de murs remontant pour quelques uns à une période ancienne ; l'angle en pierres de grand appareil d'origine antique, sans doute en remploi, déjà repéré en 1984, est réapparu, bien visible depuis la voie publique.

 

Les indispensables décisions furent prises : le chantier de démolition fut interrompu, un appel d'offre auprès des cabinets d'archéologie fut lancé, C'est le cabinet EVEHA, auteur de la découverte, qui obtint le contrat. Le chantier était prévu du 9 mai au 27 juillet 2012.

 

Des découvertes exceptionnelles

Rapîdement, les fouilleurs comprirent l'importance du bâtiment exhumé : il s'agissait d'un rare mausolée paléochrétien.

 

Il date du IVe siècle avec des modifications jusqu'au VIIIe ; il s'agit d'un bâtiment conservé sur plus de deux mètres de hauteur, ce qui est déjà rare ; il est doté d'une abside sur chacun de ses murs gouttereaux. Ces absides étaient bordées de caniveaux en blocs de grand appareil antique remployés. Une abside à l' Ouest, avançant sous la parcelle voisine, n'a été fouillée que de l'intérieur. Là se trouvait une crypte formée de deux pièces, aux murs en briques d'hypocauste antique remployées, portant des traces d'enduit peint. Trois ouvertures complètes et une autre incompléte ont été trouvées. Enfin, le mur oriental du mausolée fut largement percé à une date indéterminée, constituant, avec la fusion de l'édifice fouillé au XIXe, une rare église à double abside, sur le modèle de Saint-Pierre-du-Sépulcre tout proche, sur le tombeau de saint Martial.

 

On compte moins de dix exemplaires similaires à ce monument en France, tous bien plus mal conservés. Des spécialistes sont venus de Paris pour l'étudier.

 

Au Nord de la nef en grand appareil s'ouvrait une descente de cave : il s'agit très probablement du cellier de la grande abbaye de Saint-Martial, berceau et choeur de Limoges ; ce cellier aurait été creusé par l'abbé Isembert, au XIIe siècle, selon les chroniques de Saint-Martial.

 

Face à ces découvertes, le SRA (service régional d'archéologie) réfléchit à la conservation des vestiges in situ ; les instances nationales de l'archéologie furent saisies du dossier et une mesure de protection au titre des Monuments Historiques fut envisagée. Et le 2 août, le mausolée fut classé monument historique par procédure d'urgence. Nous applaudissons à cette mesure, exceptionnelle, prise à juste titre pour ce monument tout autant exceptionnel.

 

Mais, et ce fut un nouveau scandale, il n'a d'abord été envisagé que de conserver une partie seulement de ces exceptionnels vestiges : le mausolée, pas plus. Et il était aussi prévu de conserver cette portion au sein d'une crypte archéologique, dont l'accès aurait été réservé aux spécialistes. Une telle option de conservation aurait abouti à se donner bonne conscience à peu de frais.

 

Pourtant, ces vestiges constituaient une chance pour former, avec la crypte de Saint-Martial toute proche, un pôle touristique attractif ; juridiquement, il était possible de valoriser ce site autrement que par un magasin de vêtements : une découverte archéologique constitue un motif d'utilité publique pour une expropriation. Financièrement, il était intéressant de le faire, en jumelant, par exemple, cette mise en valeur avec la construction du Centre d'Interprétation de l'Architecture et du Patrimoine (CIAP) qui doit être créé dans le cadre du label Ville d'Art et d'Histoire, et pour lequel la Ville a déjà reçu des subventions de l’État. Économiquement, cette mise en valeur favoriserait le tourisme l'image de notre cité ; n'y-a-t-il pas une différence d'intérêt entre le déménagement d'un commerce et la création d'un site attirant le tourisme ?

 

Un projet de construction de magasin maintenu envers et contre tout

Mais, justement, que devenait le projet de construction d'un immeuble commercial très moderne, prévu à cet endroit ? On aurait tort de s'inquiéter pour celui-ci : le 2 mai – avant même le début des fouilles programmées et alors que chacun savait qu'elles auraient prochainement lieu – le permis fut accordé, sans tenir aucun compte des découvertes déjà faites lors des sondages. Et alors que le délai d'instruction courait jusqu'au 12 juillet ! Pourquoi une telle précipitation?

 

Selon l'architecte lui-même, ce « projet est globalement constitué d'un volume en R+2, à l'angle des rues de la Courtine et Dalesme, et de deux volumes plus bas de part et d'autre. Le bâtiment de l'angle est traité comme un monolithe (parement brique et noir et toiture anthracite) semblant flotter au dessus d'un rdc en vitrine. Les côtés sont traités de façon plus sobre ».

 

Le 8 juin, une demande de permis de construire modificatif fut déposée. Pour quoi ? La réponse est effarante. Cherchant, en mairie, à connaître les modalités de construction de la crypte annoncée, nous sommes tombés de Charybde en Scylla : elle devait être incluse dans un « parking en sous-sol », sans doute réservé aux responsables du magasin – pour combien de places ? Ce mausolée serait donc conservé dans les gaz d'échappement, isolé par un simple voile de béton...

 

Une Ville d'Art et d'Histoire oserait accepter cela, après l'oubli de la galerie lapidaire à la BFM ; de la domus à l'opus sectile, l'enterrement des arènes et du baptistère, sans parler de la maison d'Aguesseau et, bientôt, l'immeuble Faure ! Mais revenons plus haut dans le temps, à l'éclatement de ce qu'il faut bien appeler un scandale.

 

L'affaire éclate

Cette affaire a suscité – c'était inévitable – l'émotion. Un reportage au journal télévisé de FR3, le 30 juillet, et des articles dans la presse écrite, ont montré que le responsable des fouilles, M Xavier Lhermite, avait une analyse semblable à la nôtre : pour ce projet de crypte fermée, il a utilisé le terme « scandaleux ».

 

Le 7 août, MM Jean-Michel Desbordes, Directeur honoraire régional des Antiquités Historiques, et Jean-Pierre Loustaud, archéologue, sont intervenus, sur le site des fouilles, pour dire leur sentiment, identique au nôtre, sur cette affaire. Nous avons reçu de nombreux appels téléphoniques de gens demandant des renseignements ou apportant des idées, parfois fort judicieuses.

 

Mr Charles Bonnet, membre de l'Institut, a fait parvenir le message suivant, destiné « à qui de droit » : « Les travaux menés sur le site de la Courtine à Limoges sont de grande importance pour l'histoire de la ville et pour les connaissances concernant les premiers temps chrétiens. Il paraît indispensable de sauvegar-der et de mettre en valeur cette crypte, l'une des plus anciennes de France, dans l'aménagement final de l'immeuble moderne. Il s'agit d'un complément unique aux vestiges proches de Saint-Martial. »

 

Il a été fait allusion à cette affaire, sur France Culture, en introduction d'une émission relative à l'archéologie. Selon des indices, mais que nous n'avons pu confirmer, le journal la Charente Libre aurait consacré un article à ce sujet pourtant peu charentais, et le comte de Paris aurait évoqué l'affaire sur Internet.

 

Par des interventions dans les journaux écrits, radios et télévisés locaux, d'abord, votre président a fait connaître notre avis. Devant l'indifférence persistante des réponses des autorités, il a fallu frapper plus fort, par une de ces ''petites phrases'' dont raffolent les médias : votre président a dit que, en fait de politique du patrimoine, c'était « une politique de croque-mort » ; le rôle des décideurs est-il en effet de tout enterrer (amphithéâtre, baptistère, domus à l'opus sectile, etc.), sous des prétextes et des modalités très diverses ?

 

Le 7 août, des citoyens se sont réunis sur le site des fouilles pour distribuer des tracts (voir encadré) aux personnes qui, chaque jour, regardaient le travail des fouilleurs ; RVL, bien sûr, était au premier rang. M Husson, de l'association Vie et Patrimoine de la Cité, qui avait conçu l'essentiel du texte du tract, nous a largement épaulé, avec d'autres, dans la suite de cette action.

 

Voici le texte du tract :

« Nous sommes des citoyens qui saluons les réalisation de la ville : musée des Beaux-Arts, musée de la Résistance, aménagement de la rue de la Cathédrale, opération Cœur de Limoges... Mais, avec des milliers de Limougeauds, nous déplorons que Limoges ait trop détruit, trop peu mis en valeur son patrimoine archéologique, enterré ses souvenirs antiques (amphithéâtre d'Orsay, baptistère, voie romaine, théâtre des bords de Vienne, vestiges d'Augustoritum). Notre ville est une ville ancienne qui a su se moderniser et créer des équipements tels que la technopole Ester. Cependant, Limoges demeure une ville décriée. Hors de toute considération partisane, un impératif s'impose : affirmer l'image d'une cité prestigieuse. Quelque soit l'avenir, la position géographique de Limoges lui gardera, si elle en suscite l'envie, la possibilité qu'on s'y arrête, s'y installe, y investisse. Plus les temps seront difficiles, plus le patrimoine aura de la valeur.

Fermer au public le mausolée de la Courtine, très ancien témoin d'un passé exceptionnel, serait déchirer une carte maîtresse. Nous ne sommes pas indifférents aux emplois d'Eurodif, nous comprenons le désir de ses dirigeants de s'armer contre la concurrence, existante ou à venir, mais de possibles handicaps commerciaux ne sauraient justifier une ruine patrimoniale, et, avec elle, la perte d'un atout économique. D'autres lieux sont envisageables. Le mausolée suscite l'étonnement des archéologues européens. Nous demandons que soit édifiée sur son site la maison du patrimoine que Limoges, en tant que ville d'art et d'histoire, a obligation d'édifier et pour laquelle elle a reçu des subventions de l'Etat »

 

Pour l'information du grand public, nous avons aussi apposé aux grilles du chantier, le projet de bâtiment futur, tiré des documents du dossier de permis de construire. Durant cette opération, votre président fut interpellé par l'architecte et le propriétaire : ils semblent avoir peu apprécié notre action ! C'est d'ailleurs compréhensible... 

 

Nous avons également transmis à l'AFP un dossier de presse complet.

 

Le 13 août, à notre demande, nous avons été reçus, avec M Husson, à la préfecture par le sous-préfet et directeur du cabinet, M Cailleaud ; nous avons pu ainsi faire mieux connaître notre position.

 

Une pétition, outil du succès final

Durant cette distribution de tracts, les contacts ont été nombreux et positifs. Beaucoup de gens nous ont demandé à signer une pétition ; face à cette demande forte, nous en avons lancé une, sur internet. En voici le texte : « Limoges a su récemment offrir à ses habitants deux grands musées mais, en même temps, elle néglige un patrimoine archéologique qu’elle enterre. Les vestiges découverts rue de la Courtine constituent, par leur importance exceptionnelle, une chance inespérée pour le développement touristique, donc économique, de la ville et pour son image. N’en montrer qu’une partie sous une dalle de béton, comme il est prévu, reviendrait à aménager un caveau, dont il est par ailleurs déjà annoncé qu’il ne serait accessible qu’aux spécialistes : le site doit être le plus possible visitable par tous. Au nom de l’intérêt général, nous demandons que l'irréversible ne soit pas accompli dans la précipitation ».

 

Ce fut un succès immédiat. En huit petites journées seulement, le seuil des 2 000 signatures était franchi ! C'est à dire qu'il y eut une signature toutes les six minutes en moyenne, jour et nuit ! Les signataires n'étaient pas tous résidents de notre ville, et des noms connus figuraient ! A la clôture de la pétition, le 9 septembre, les signataires dépassaient les 3 000.

 

Il faut y ajouter près de 200 signatures sur une pétition papier proposée dans trois commerces du centre-ville. Merci à ces commerçants qui se sont fortement impliqués.

 

Ont notamment signé : des archéologues, des historiens, des responsables politiques et associatifs, des commerçants, et, bien sûr, de nombreux citoyens de Limoges, du Limousin, de toute la France et même de pays étrangers.

 

Tous ces faits disent assez l'ampleur du mouvement.

 

Des courriers constructifs

Dans un but toujours constructif, votre président a écrit, le 2 août, au préfet ; après avoir résumé l'affaire, il disait :

« Renaissance du Vieux Limoges considère que tous ces éléments, plus quelques autres, plus secondaires, doivent être pesés avec soin par les décideurs ; une décision précipitée, en plein été, serait particulièrement préjudiciable et regrettable. C'est pourquoi je me permets de vous demander respectueusement d'user de votre autorité pour que, pendant quelques mois (trois ou quatre), toutes décisions et travaux soient suspendus.

Cela laissera du temps aux archéologues pour finir les fouilles sans la précipitation qu'ils vivent actuellement ; aucune des parties à l'affaire n'en sera lésée, Eurodif pouvant continuer quelques temps son activité sur son site actuel ; enfin, cela permettra, après les congés d'été, de réunir dans la sérénité toutes les parties (propriétaire, commune, archéologues, DRAC, défenseurs du patrimoi-ne, etc.) pour une décision réfléchie et concertée. Dans l'espoir que ma démarche retienne votre attention, je vous prie etc. »

 

RVL a adressé une lettre semblable à M Philippe Geffré, Directeur Régional des Affaires Culturelles. Après avoir, là encore, résumé le dossier, nous disions :

« Dans cette affaire grave, la simple neutralité aboutirait à cautionner une décision préjudiciable, prise dans la précipitation, en plein été, pour satisfaire un intérêt particulier et limité. Une telle décision ainsi acceptée serait d'un retentissement déplorable.

C'est pourquoi je suis intervenu auprès du préfet pour demander que, pendant quelques mois (trois ou quatre), toutes décisions et travaux soient suspendus. Aucune des parties à l'affaire n'en sera lésée, Eurodif pouvant continuer quelques temps son activité sur son site actuel ; cela laissera du temps aux archéologues pour finir les fouilles sans la précipitation qu'ils vivent actuellement ; enfin, cela permettra, après les congés d'été, de réunir dans la sérénité toutes les parties pour une décision réfléchie et concertée. J'ai cru de mon devoir de vous informer de cette action pour toute suite utile que vous pourrez lui apporter. Je vous prie etc. »

 

La solution

Puis, autour et à l'initiative de M Pascal Texier, président de la Société Archéologique et Historique du Limousin (jusqu'alors très discrète), des présidents d'associations du patrimoine se sont réunis : MM Jean-François Boyer, Jean-Michel Desbordes, Claude Husson, Jean-Pierre Loustaud et le président de RVL. Un texte de proposition, préparé par M Texier, fut approuvé ; pour notre part, nous avons un peu regretté l'absence d'allusion aux obligations dues au label Ville d'Art et d'Histoire. S'appuyant sur ce texte collégial, M Texier entreprit des démarches.

 

Coïncidence ou non, c'est alors que les services municipaux découvrirent que le dossier de permis de construire modificatif, destiné à la création de la crypte minimaliste au sein du fameux parking privé souterrain, était incomplet. Il devenait obligatoire d'attendre que les demandeurs fournissent les pièces manquantes, pour en reprendre l'instruction au début. De plus, le classement comme monument historique du mausolée rendait impossible la réalisation du magasin telle qu'autorisée par le permis de construire initial. Toute décision s'en trouvait ainsi reportée de plusieurs mois, comme nous le demandions d'ailleurs dans notre lettre au préfet, le tract et la pétition. Nous déplorons néanmoins que cette phase, qui aboutissait à un apaisement, ait été perturbée, heureusement sans suite, par des déclarations déplacées de quelques responsables. 

 

Quant à la pétition internet, nous avions décidé de la fermer dès le 18 août : elle avait alors atteint ses premiers objectifs et les 2 260 signatures ; nos partenaires dans cette action nous ont demandé de la laisser courir, ce que nous avons fini par leur accorder. Tracts et pétitions sont des armes auxquels nous préférons toujours la négociation, mais nous en avons constaté l'incontestable efficacité !

 

Finalement, le 27 août, un communiqué de presse officialisait les décisions espérées, prises par la Ville, la DRAC et le promoteur : le sous-sol de la parcelle passera propriété de la commune ; le mausolée sera valorisé mais aussi les autres vestiges (cellier de l'abbé Isembert, etc.) ; le mausolée sera visible de la rue de la Courtine ; des accès seront créés pour la visite des touristes : la visite ne sera donc plus réservée aux spécialistes, mais élargie aux touristes, et en plus, ce qui est mieux, un accès sera prévu également pour les personnes à mobilité réduite ; enfin, au-dessus de ce lieu touristique et archéologique s'élèvera le magasin, qui sera propriété de l'investisseur.

 

Aux demandes de réaction des médias, nous avons fait la réponse suivante :

« Les décisions qui viennent d'être prises sont les bonnes décisions, car elles permettent la valorisation, au profit du plus large public, du patrimoine archéologique mis à jour. Faut-il rappeler d'où nous revenons ? D'abord, absence de prescription de fouilles, puis conservation minimale, pour les seuls spécialistes, au sein d'un parking ! Nous sommes donc très heureux de ce résultat final.

Merci donc à tous ceux qui, autour de Renaissance du Vieux Limoges, se sont mobilisés spontanément pour que Limoges soit digne de son label Ville d'Art et d'Histoire : les Limougeauds qui ont défendu leur patrimoine, les citoyens extérieurs à notre ville, qui ont pris part à cette action par amour du patrimoine, les archéologues et historiens, de Limoges et d'ailleurs, qui ont apporté le poids de leur autorité ; tous, en signant les pétitions, papier et internet, qui ont regroupé quelques 3000 signatures, ou par d'autres biais, ont contribué puissamment à ce succès ».

 

Mais cette affaire, où les décideurs ont commis bien des ... disons : "maladresses", ne pouvaient s'achever sans quelques-unes de plus. Les bâches, récemment apposées sur les grilles du chantier, sont la porte ouverte à tous les soupçons :"que veut-on nous cacher ?" Et des articles parus ces derniers jours dans le Populaire montrent, à nouveau, une précipitation du propriétaire... Pouvons nous avoir confiance ?

 

Conclusion

Pour mettre complétement en perspective cette affaire, rappelons les objectifs affichés par la Ville de Limoges, lors de l'obtention du label, selon le livre « Limoges, Ville d'art et d'histoire », 2009, AD&D éditeur.

P. 151 : « Susciter la curiosité pour le patrimoine, pour l'urbanisme et pour la qualité de l'architecture, amener le plus grand nombre à s'intéresser aux projets de protection et de mise en valeur du patrimoine de Limoges, bref sensibiliser à la ville, c'est aussi inviter ses résidents à se pencher sur les projets d'aménagement urbain qui les concerne au premier chef. Une véritable dynamique d'appropriation de la ville par ses habitants tend à se mettre ainsi en place à travers la mise en œuvre du label, en vue de développer la participation active de la population aux choix urbains ».

P. 152 : « Les professionnels de l'architecture, de l'urbanisme et du paysage, et particulièrement les personnels des collectivités locales, notamment les services travaillant sur l'aménagement urbain, mais aussi les promoteurs, les architectes, les maîtres d'ouvrages et les maîtres d'œuvre, publics et privés forment le troisième groupe à prendre en compte. Il s'agit de les inciter à intégrer davantage un ''réflexe patrimoine'' dans leur action quotidienne ».

 

Nous demandons maintenant que le délai d'instruction d'un nouveau permis soit mis à profit pour organiser une nouvelle campagne de fouilles pour l'intérieur du mausolée. De plus, et bien sûr, nous veillerons aux conditions techniques précises de réalisation de cet espace archéologique et touristique ; nous souhaitons enfin que l'édifice à élever au-dessus de ce lieu s'intègre dans le paysage urbain. Mieux que le projet initial.

 

Au final, nous pouvons être fiers : RVL a été le moteur d'un grand mouvement d'opinion qui a abouti à la valorisation d'un élément important du patrimoine au profit de la collectivité, conformément aux souhaits du label Ville d'Art et d'Histoire. Notre association sort de cette action plus forte, plus respectée et plus nombreuse.

 

Notre gratitude va à trois catégories de personnes. D'abord, aux adhérents de RVL qui ont soutenu notre action, s'y sont impliqués. Merci aussi à tous les citoyens, non adhérents de RVL, qui nous ont aidés, ne serait-ce qu'en signant la pétition. Enfin, nous disons notre respect à M Lhermite, responsable des fouilles, qui n'a pas hésité (au contraire d'autres responsables) à intervenir fortement pour défendre ce patrimoine.

 

site courtine 2 demolition de l ex flunch

Démolition de l’ex flunch

site courtine 3 projet de construction

Projet de construction

site courtine 3 projet rue dalesme

Projet rue dalesme

site courtine 3 projet rue de la courtine

Projet rue de la courtine

site courtine 4 coin du mausolee en debut de fouilles

Coin du mausolée en debut de fouilles

site courtine 4 coin du mausolee en grand appareilantique

Coin du mausolée en grand appareil antique

site courtine 5 vue generale en fin de fouilles

Vue générale en fin de fouilles

site courtine 6 le mausolee en cours de fouilles

Le mausolée en cours de fouilles

site courtine 6 le mausolee_ son abside sud et sacrypte

Le mausolée son abside sud et sa crypte

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Sépultures en pleine terre en cours de fouille